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MICHELE BARANGE et LE PEUPLE DES SIGNES




Le peuple des signes - technique mixte sur toile - 90x90

L'homme est en exil de l'être.
Ecarté, nu et solitaire, du dédale anonyme où bat, impassible, indifférent à son destin, le cœur de tout ce qui vit, il construit armé d'une patience millénaire, son royaume en un rempart de signes.
Ainsi, il n'est plus vrai que les hommes ne s'éveillent que pour mourir.
Ils surgissent, enveloppés de lumière et d'effroi, à la lisière d'obscures forêts, ou s'y enfoncent décidés à ne plus jamais se perdre parmi le peuple innombrable des arbres et des esprits. Au plus intime de chacun d'entre eux, d'entre nous encore, la nuit recèle le souvenir des peurs immémoriales de très anciens éblouissements ou de cécités fatales.
Mais les hommes inventèrent la peau.

L'œuvre de Michèle Barange témoigne d'abord de cette invention. Mais, surtout, elle rend hommage à la lente et endurante obstination des hommes à défricher les espaces, à imposer au regard vide du ciel au-dessus d'eux, les surfaces qu'ils marquent des signes de leur distinction et de leur maîtrise : la terre est une peau, mais aussi l'étendue lisse de la mer, l'écorce et la fibre des arbres, le tissu des herbes et des feuilles, les mailles invisibles des minéraux, la texture des plumes et le cuir des pelages.
Par le soc et l'étrave, au couteau, au crayon et à l'encre, les hommes gravent, cisèlent, taillent, dessinent un univers de signes dont l'apprentissage et la lecture sont l'initiation nécessaire afin de pénétrer un monde devenu humain parce que, précisément, lisible. Et jusque sur la peau de leur propre corps ils portent le fer de l'incise, tatouage ou scarification, qui concentre le sens d'une distinction humaine et fière : l'homme lui-même se donne à lire.

Chaque tableau de Michèle Barange est une invitation à cette lecture : l'être, immobile et lointain, comme une menace ou une promesse de liberté, surplombe et domine l'espace conquis par le jeu des signes sur la peau de la toile ; au-dessous il nous faut déchiffrer le palimpseste orgueilleux d'une humanité qui s'initie à elle-même grâce au pouvoir d'une calligraphie qui n'est autre que celle de son désir d'être.
Au delà des races et des territoires, qui ne sont que de vains ou improbables fantasmes, le travail de Michèle Barange nous restitue la mémoire de notre appartenance au seul peuple qui vaille pour nous, le peuple des signes.

Philippe Gouët.




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